De l’immobilier au renseignement : Bill Pulte, le choix controversé de Donald Trump pour diriger la CIA

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Les bons amis font les bons comptes. Le poste de directeur par intérim du renseignement national américain sera désormais occupé par l'actuel responsable de l'Agence fédérale du financement des logements des États-Unis, Bill Pulte, a annoncé Donald Trump sur son réseau social, Truth Social, mardi 2 juin. Petit-fils du fondateur de l’un des plus grands constructeurs de maisons du pays, PulteGroup, cet homme de 38 ans a poursuivi la tradition familiale en se spécialisant dans l'immobilier. Pour justifier son choix malgré l'absence totale d'expérience de l'intéressé en matière de renseignement, Donald Trump a mis en avant sa "grande expérience dans la sécurité et la solidité des marchés".

Pour l'heure temporaire, la candidature de Bill Pulte devra être soutenue par le Sénat pour que sa nomination soit confirmée. Jusque-là, sa prise de fonction peut durer jusqu'à 210 jours. L'heureux nommé ne prendra ses fonctions qu'à partir du 30 juin prochain, date effective du départ, annoncé en mai dernier, de l'élue à la Chambre des représentants d'Hawaï, Tulsi Gabbard. Une décision personnelle qu'elle avait expliquée par le cancer de son mari. Reuters avait pourtant rapporté qu'elle avait plutôt été poussée vers la sortie par la Maison-Blanche pour des opinions divergentes.

Un poste stratégique

A l'inverse de Tulsi Gabbard, Bill Pulte ne risque pas d'être désavoué pour ses infidélités au président américain. A défaut d'avoir une quelconque expérience dans la sécurité, le trentenaire est proche de son supérieur et souvent en visite à Mar-a-Lago. Jusqu'à hériter du sobriquet de "Petit Trump". Il a d'ailleurs déjà prouvé son allégeance aux décisions présidentielles en début d'année, affirmant qu'il soutenait la guerre en Iran. Et ce alors même que celle-ci a des conséquences négatives sur le marché du logement et de l'énergie dans lesquels il est impliqué. Il a ainsi affirmé plus tôt dans l'année au Wall Street Journal qu'il n'était pas préoccupé pas le conflit et ses conséquences, qu'ils pensent être "temporaire[s]".

Désormais, ses missions se concentreront autour de la gestion des 18 agences fédérales chargées de la sécurité étrangère et intérieure du pays pour lesquels il dispose d'une enveloppe de 115 milliards de dollars pour l'année 2026. Parmi elles, la CIA (Agence centrale de renseignement), et la NSA (Agence nationale de sécurité).

Entre autres, Bill Pulte devra aussi informer le président des attaques terroristes potentielles sur le territoire, évaluer les positions des adversaires en temps de guerre et superviser les activités de contre-espionnage secret-défense. Si ce poste est jugé aussi stratégique et symbolique, c'est parce qu'il est né aux lendemains des attentats du 11 septembre 2001 et en réponse aux erreurs commises par les services de sécurité américains.

Une décision critiquée par les républicains, et crainte par les démocrates

Pas étonnant donc que des critiques aient fusé dans ce qui est censé être son propre camp. Le chef de la majorité républicaine au Sénat, John Thune, a jugé que "Nous n’avons pas besoin d’un DNI (NDLR : Director of National Intelligence) instrumentalisé. Nous avons besoin de professionnels à ce poste". Plus tranchant encore, l'élu à la chambre des représentants en Louisiane, Bill Cassidy, a estimé que le candidat choisi par Donald Trump "ne semble pas qualifié".

Du côté de l'opposition démocrate, "le souci n’est pas seulement que Bill Pulte ne possède pas la vaste expérience en matière de sécurité nationale requise par la loi pour ce poste, c’est qu’il semble avoir été choisi précisément parce que la Maison-Blanche croit qu’il fournira le récit qu’elle veut, et non les renseignements dont nous avons besoin", a asséné le sénateur et vice-président du Comité sénatorial spécial du renseignement, Mark Robert Warner, dans un communiqué publié le jour même de l'annonce.

Surtout que le personnage inquiète les rangs de l'opposition. Celui qui n'a pas prévu de quitter son poste de responsable de l'Agence fédérale du financement des logements est soupçonné d'avoir usé de ses fonctions pour engager des poursuites judiciaires contre les opposants politiques de son fidèle ami Donald Trump. Les deux démocrates Letitia James et Adam Schiff, respectivement procureure générale de New York et sénateur californien, ainsi que la gouverneure de la Réserve fédérale Lisa Cook, nommée par l'ancien président démocrate Joe Biden, ont tous trois été accusés de fraude hypothécaire.

Robert Weissman, le co-président du groupe libéral de défense des droits des consommateurs, Public Citizen, a alerté sur le pouvoir affilié au poste de directeur du renseignement national qui "lui permettrait d’utiliser l’immense appareil de surveillance et les forces de police du pays pour harceler, intimider et menacer les très nombreuses personnes que Trump considère comme ses ennemis."

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