En septembre de l’année dernière, Juliette Binoche avait eu, pour sa toute première réalisation, alors intitulée « In-I In Motion », dévoilée au Festival international du film de Saint-Sébastien (Espagne), les honneurs du somptueux théâtre Victoria Eugenia, chef-d’œuvre de l’architecture néo-renaissance inauguré en 1912. Un écrin parfait pour montrer en avant-première ce film consacré à la danse. Rencontrée dans la foulée, la comédienne et désormais réalisatrice de 62 ans nous avait raconté une belle histoire : Robert Redford, qui en 2008 l’avait attendue devant sa loge à l’issue de la représentation du spectacle « In-I » qu’elle donnait avec le chorégraphe Akram Khan, lui avait lancé : « Il faut en faire un film ! »
L’idée a ensuite fait son chemin, jusqu’à se qu’elle se décide à franchir le pas dix-sept ans après. Et, depuis Saint-Sébastien, le film, qui sort ce mercredi en salles, a changé de titre pour « En nous », et a été raccourci de plus de 30 minutes, pour une durée qui affiche désormais 2 h 07.
Pour bien comprendre de quoi est constitué ce documentaire, il faut remonter à 2007. A l’époque, Juliette Binoche est tentée de s’ouvrir à une autre forme d’art, tout comme le chorégraphe britannique Akram Khan. Ils décident de monter un spectacle, « In-I », où la comédienne va danser et le danseur va jouer. Cette inversion des rôles, qui ne se fera pas sans douleurs, aboutira à un spectacle magnifique qui sera joué durant plus de cent représentations sur tous les continents.
« Une épreuve » pour l’un comme pour l’autre
La sœur de la comédienne, Marion Stalens, avait alors filmé des moments de répétition du spectacle, puis de certaines représentations. C’est grâce à ce précieux matériau que le film existe aujourd’hui. Il est orchestré en deux parties. La première - un poil trop longue dans la version montrée l’an dernier au Pays Basque, mais c’est justement dans celle-ci que Juliette Binoche a coupé - montre les répétitions avec Akram Khan qui ont abouti au spectacle.
Et c’est « une épreuve », comme l’avouera plus tard l’actrice, pour l’un comme pour l’autre de s’essayer à un autre art que celui qu’il maîtrise. Elle a alors 43 ans, danser à ce niveau et avec cette intensité relève d’un immense défi physique : on voit son corps souffrir durant ces répétitions. Mais on assiste aussi, tels des privilégiés, à une création artistique en gestation, aux doutes des deux intéressés, aux tâtonnements, à ce qu’ils vont se résoudre à abandonner, aux éclairs créatifs qui vont naître de leur collaboration.
Puis vient le temps du spectacle, capté sous une multitude d’angles. Et là, il faut s’accrocher à son fauteuil. Même si on l’a vu à l’époque, la captation, qui sert au plus près le duo à l’œuvre, en met plein les yeux et fait battre le coeur très fort. Car « In-I », ainsi filmé, prend une dimension grandiose, époustouflante et... très cinématographique. Le spectateur se retrouve comme sur scène, témoin invisible d’un duo dansé et joué d’une puissance inouïe : quel spectacle, quel film !
La note de la rédaction :
4/5
« En nous », documentaire de et avec Juliette Binoche, et avec Akram Khan… 2 h 07.












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